Khâgne, confinement et préparation du concours de l'ENS.


O tempora, o mores !

 

En cette période de confinement où les modes de vies sont bouleversés, qu’en est-il des préparationnaires ? Le concours de l’ENS (Ecole Normale Supérieure), goguenard, fuit devant eux depuis quelques jours, alors qu’après un an de travail intense, certains étudiants le désiraient enfin ardemment. 

 

En effet, celui que certains appellent désormais familièrement le “connard virus” en déstabilise plus d’un. L’annulation et le report du concours prévu mi-avril, déjà pressentis par les mesures prises contre le covid-19, ont été officialisés mardi 24 mars par le Ministère de l’Enseignement. La forme des concours, reportés au plus tôt fin mai, est encore incertaine.

 

 Situation pour le moins inédite, à laquelle professeurs et élèves doivent s’adapter. Notre professeur d’espagnol confie devoir s’atteler à une somme de travail bien supérieure à ce qu’elle est en temps normal, entre les classes virtuelles à mettre en place et les devoirs à corriger sur l’ordinateur. Si les professeurs sont dépassés, leurs élèves sont pour le moins désarçonnés. Marie, khâgne, avoue qu’elle a “du mal à garder le rythme qu’on nous impose au sein de la prépa”, tout en assurant que “malgré cette période étrange qui nous fait perdre certains repères de fait, il ne faut pas lâcher au risque de ne pas être prêt pour le concours, même s’il est dans deux mois”. D’autres ont opté pour l’humour lorsqu’ils ont appris la nouvelle : “dans trois jours on va tellement s’ennuyer qu’on ira réviser de nous-mêmes”. Si la vie en prépa n’est pas toujours facile, exigeant beaucoup des étudiants, cette quarantaine en fait saisir la valeur. Il importe donc de garder le moral, d’autant plus que ces tracas sont portés à l’échelle nationale. C’est ainsi qu’Anne-Flore, à la khâgne Sainte Marie de Lyon, confie que “pour l’instant, à vrai dire [elle] ne pense plus beaucoup au concours depuis les annonces de mardi”, se réjouissant surtout “d’avoir la santé !”. 

 

C’est sans doute ainsi qu’il s’agit de regarder cette période, déstabilisante certes, mais dont il faut savoir tirer le meilleur parti. Occasion de se reposer et d’approfondir son travail d’habitude sans cesse menacé par le temps, le confinement se présente au préparationnaire comme une expérience instructive et sûrement féconde. Les Annales de Tacite revêtent un caractère actuel, lorsqu’il affirme Livre VI que le destin des hommes est indépendant des étoiles : Tacite nous enseigne que le bien apparent n’est pas le Bien profond. Les difficultés que tous traversent sont une occasion de redécouvrir quel est ce Bien profond, de se recentrer sur l’essentiel. L’important est de croire dans les fruits que l’on peut extraire d’une situation que l’on aurait jugée “absurde” il y a quelques mois. 

 

Anne-Chantal GIRAUD

Khâgne 2019-20